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RETOUR EN CIVILISATION

Main Halloween

   les-perles-du-net...un-repas-d-halloween-original

 

   "19 - Ainsi perce l’idée d’une dénaturation de celui qui est retombé dans la sauvagerie. L’animalité n’est pas "naturelle" quand elle caractérise un homme. Comme le souligne Jacques Le Goff à propos d’Yvain, l’opposition de Nature et Noreture ne recoupe pas celle entre sauvagerie et culture : la "nature" ne se confond pas avec l’animalité19. À l’inverse, Noreture ne désigne plus la culture, le monde cultivé, mais l’adoption d'un mode de vie qui relève d’une conduite sauvage faussement naturelle. Il s’agit alors pour Merlin, par l’ingestion d’une "nourriture" humaine conforme à sa nature, de renoncer à une compromission considérée avec mépris (comme le souligne l’image de la bâtardise corrompant la noblesse), pour regagner sa dignité d’être humain, et de prophète reconnu et respecté.

   Un retour à la culture imprégné d’une forte ambiguïté : voracité et absence de mesure

   20 - Nature a le dessus sur Noreture et aiguillonne Merlin vers la nourriture humaine préparée pour lui, mais le processus civilisateur n’est pas univoque ni immédiatement perceptible. On assiste en effet à une représentation très concrète de l’appétit de Merlin que Nature, sans peu d’égards, pousse comme une monture lancée à toute allure.

   Et Noreture en enpali,
   Et la place li relenqui.
   Et Nature, qui le venqui,
   Tient Merlin por maleoit fol,
   Si l’a enpoint deviers le col
   Et tant le coite et tant le haste
   Que les ronsces et les espines
   Ronpent ses costés, ses escines, [...]
   Moult est golis sor le viande. (v. 6088-6099)

   21 - Alors que l’ingestion de cette nourriture est censée civiliser le personnage en le ramenant à sa condition humaine, on constate ironiquement que Merlin commence par se jeter sauvagement sur la nourriture. L’image équestre montre l’élan et la fougue animale avec lesquels l’homme sauvage se précipite vers la source de l’odeur qui l’a attiré. La traversée frénétique de la forêt, parsemée des ronces et des broussailles qu’il trouve sur sa route, se situe à mi-chemin entre la galopade furieuse de l’animal, et l’exaltation de l’homme dont la nature ou l’instinct se sont éveillés. Merlin est bien dans une phase transitoire de son identité et il y demeure au cours du repas qu’il va effectuer.

   22 - L’avidité de l’homme sauvage est ainsi soulignée par la répétition de l’adjectif "golis" qui marque l’ambiguïté de ce désir obsédant de nourriture avec la répétition lancinante du substantif "car". Il désigne la viande que Merlin s’approprie (comme le soulignent les termes de la conquête militaire et de la possession) et ingère, à travers un processus physique qui va littéralement le "refaire", le restaurer, transformer son être et rendre possible son retour à la nature humaine."

    questes.revues.org/2721

 

 

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