Le même après-midi, le soleil en grâce, tant.
"Dire la vie comme elle va, ici, au creux du jardin. Refuge nourricier élaboré comme une création permanente, répondant aux seules lois du jour.
(...)
Nous transposons en ce lieu ce que notre expérience du nomadisme nous a appris. Notre appartenance à un ensemble cohérent (faune, flore, air, eau, terre) imbriqué dans des relations biologiques essentielles à la pérennité de l'ensemble. D'où la nécessité d'adapter nos exigences aux limites de chacun de ces éléments Semer, planter, faire, avec la grâce de ces derniers, surgir un monde végétal qui va, lui aussi, engendrer une multitude de vies en interaction : cela ne cesse de nous fasciner. Telles sont les règles que, modestement, nous essayons de respecter.
L'idée que le jardin est un pacte implicitement signé avec la nature réconforte. C'est un lien ténu avec le passé qui nous rappelle les racines enfouies. C'est aussi un vecteur pour transcender le présent afin d'anticiper l'avenir.
Peut-être est-il inscrit ans les gênes de l'humanité qu'avant d'être un citadin, l'homme fut d'abord un agriculteur et, antérieurement, un sauvage (dans le plus noble sens du terme). Mais l'homme de nos sociétés productivistes semble croire que la nature n'est qu'un aléa de l'existence, offerte à toutes les exactions. Transgresser les lois élémentaires du rapport entre toutes les vies qui participent de l'ensemble est préjudiciable pour tous."
In Les Affranchis jardiniers, un rêve d'autarcie, Ulmer, 2009-2019, pp. 9-10.