"Fragment de la porte d'entrée" des pavillons Güell (1884-1887), in Gaudi, 150 photographies, coll. "Art en Espagne", Escudo de oro, 1995, p. 26.
"Le thème du dragon est obsessionnel pour le jeune Gaudi.
Déjà dans ses premiers travaux en tant que collaborateur de Fontserré, dans la cascade du Parque de la Ciudadela et dans la série que nous illustrons, il ne cessera de l'introduire comme élément décoratif. Cet aspect de composition atteindra sa plus grande expression monumentale dans cette œuvre de la forge catalane qu'est la porte d'entrée des Pavillons Güell.
L'importance de ce monstre est telle qu'on dirait que la porte a été faite, uniquement pour pouvoir soutenir un dragon de ces dimensions et non, au contraire, être le dragon un élément décoratif d'une porte qui sert avant tout à entrer et à sortir.
Signalons aussi la relation de ce dragon avec la demoiselle et Saint Georges étant donné que dans la partie basse de la porte se trouve dans un damier de roses.
Après s'être libéré de cette fixation, nous trouvons encore la thème du dragon dans quelques-unes de ses œuvres, mais ou bien il s'agit d'un animal parfaitement domestique et même sympathique, comme dragon des escaliers du Parc Güell, ou bien il se transforme en une simple allusion comme le dos de dragon du toit de la Casa Batllo. (...)"
In Gaudi, 150 photographies, coll. "Art en Espagne", Escudo de oro, 1995, p. 27.
"Naissance du dragon
Il faut remonter jusqu'à l'Atlantide dans les investigations spirituelles qui décrivent le passé de l'humanité pour trouver l'origine du dragon. La vision des anciens Atlantes ont vu sous cet aspect une phase des luttes soutenues par l'homme pour rejeter au cours de son évolution des formes encombrantes, conquérir son équilibre vertical, se camper entre le haut et le bas dans cette station droite qui est la condition à la fois de la parole, de la pensée autonome et de la conscience du Moi. La nature humaine, engagée dans l'enfantement d'elle-même, est déchirée entre ses profondeurs et ses hauteurs. Cette lutte se passe dans son corps où devraient collaborer les forces d'éléments pourtant hostiles entre eux, car le feu déteste l'eau et l'air fuit la terre. Mais la lutte se passe aussi dans le mondes des esprits entre les serviteurs du plan divin et ses adversaires.
Le dragon est formé de ce qui ne veut pas ou ne peut pas s'établir au niveau prévu pour l'homme, et qui retombe, et qui doit alors être éliminé, et qui n'y consent pas. Il devient la résistance, le Mal. Dans la lutte qu'il soutient, il est d'avance vaincu et il le sait. Mais il sait aussi que l'enjeu, cette mouvante et tentante nature humaine, la seule pour qui tout ne soit pas joué d'avance et qui introduise l'imprévisible dans l'ordre établi, il sait qu'elle a reçu en elle de sa semence depuis qu'il l'a "mordue au talon". Il ne lutte donc pas pour triompher de l'Archange invincible, mais pour lui arracher du moins quelque partie d'une humanité complice.
Ce qu'est le dragon ? Un déchet d'évolution qui continue d'attendre son heure. Toujours pourfendu, et remis à sa place, il ressuscite toujours et ressuscitera tant que le progrès de l'humanité exigera qu'elle s'élève en foulant à ses pieds ce qu'elle doit rejeter. L’homme doit maintenir son équilibre dans un centre de gravité situé entre les deux pôles de sa nature, - l'archange et le dragon. Ce centre se déplace d'époque en époque ; mais le rapport reste.
C'est pourquoi l'image de l'Archange terrassant le dragon, faisant tomber "cette cendre" des hauteurs qu'elle empesterait de son souffle sulfureux, cette image est aussi ancienne que le pouvoir de vision de l'homme et ne disparaîtra pas tant qu'il devra choisir entre le bien et le mal, aussi longtemps qu'il aura des scories à rejeter, comme le fermier, à la Saint-Michel, balaie dans le vent d'équinoxe les fruits pourris. Saint Michel est lié au problème du mal. Sa mission est de purifier l'atmosphère en précipitant dans l'abîme ce qui ne doit pas régner dans les hauteurs."
In La Saint-Michel et le fer météorique, "La Saint-Michel", S. Rihouet-Coroze, Tome VII, n°2, Triades, été 1959, pp. 8-9.
+ geo... atlantide-la-cite-engloutie-a-t-elle-existe
"Vue postérieure de l'échine figurée du dragon" sur la toiture de la Casa Batllo (1904-1906), Gaudi, 150 photographies, coll. "Art en Espagne", Escudo de oro, 1995, p. 87.
"(...) Gaudi recueillit le thème qui vivait dans la culture populaire comme reste d'un ancien culte animiste selon lequel les animaux sont l'incarnation d'esprits transcendants (il suffit de penser à l'ancienne tradition du symbolisme de la colombe, l'agneau, la chouette, le serpent, le lion, etc.). Gaudi finit par christianiser ce thème d'origine païenne et ainsi, dans la Sagrada familia, le thème apparaît successivement jusqu'à acquérir son expression symbolique la plus raffinée dans le dragon-démon qui dépose une bombe dans la main de l'ouvrier anarchiste ainsi qu'on peut le voir dans le groupe sculptural représenté sur une des consoles de départ des arcs de la chapelle du Rosario."
In Gaudi, 150 photographies, coll. "Art en Espagne", Escudo de oro, 1995, p. 27.
"La terrasse au moment de son achèvement", puis "vue de l'ensemble et détail de l'intérieur de l'église de la Colinia Guëll", Gaudi, 150 photographies, coll. "Art en Espagne", Escudo de oro, 1995, pp. 112 & 118.
Antoni Gaudi (1857-1926), un architecte extraordinaire par ses créations et son mode de travail. La part manuelle directe et très active du maître d’œuvre sur le chantier était indispensable, chose prohibée en France de nos jours où tout semble devoir être segmenté, cantonné, la modalité hiérarchique associée (notion et réalité d'exécutant éloquentes).