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AUTOUR DE LA TABLE (PLACES ?)

 Etienne BOUILLÉ (1859 - 1933)

   Source : https://www.delcampe.net/fr/collections/cartes-postales/france-paimpol/cpa-du-22-chez-le-terre-neuvas-tableau-d-etienne-bouille-lem10-188875467.html

 

   "Combien de fois ai-je entendu des amis s'étonner naïvement parce que ma mère ne s'asseyait pas quand nous mangions chez elle ! Pour un peu, ils  auraient accuser mon père de tenir la pauvre femme en esclavage. Or, dans nos campagnes, il n'y a aucune humiliation pour la femme dans le fait de rester debout. C'est le contraire qui est vrai. C'est elle qui est la maîtresse, elle qui reçoit. Sa place est entre ses hôtes et la cheminée. Elle a le souci de bien faire, de bien servir, de bien diriger le repas et de satisfaire les appétits. Debout, elle domine son monde, elle pourvoit et surveille le chantier de la nourriture. Sa récompense est de s'entendre dire : "Nous avons été gavés par vous". Alors, elle consentira à s'asseoir et à manger un morceau avec la satisfaction  du devoir accompli.

   Le chef de famille trônait au haut-bout de la table, près de la fenêtre, à droite. En face de lui, l'invité d'honneur. Les autres convives s'asseyaient  de chaque côté suivant leur rang et leur âge. Les enfants s'installaient au bas-bout, là où était autrefois la place du mendiant. S'ils bavardaient trop fort devant un étranger, on les jetait dehors tambour battant. Mais on préférait les voir rester là, tranquilles, à écouter et à s'instruire. La mère es servait une fois que les autres s'étaient servis eux-mêmes au plat, les invités d'abord, le père ensuite. Ce dernier avait grand soin de goûter lui-même son cidre pour savoir s'il était bon avant de l'offrir à ses hôtes. Et il lui arrivait souvent de faire enlever la bouteille et en apporter  une autre, sans plus de raison que de montrer qu'il voulait donner le meilleur.

   Le paysan breton installait son séant sur un banc, le chassait en arrière et s'appuyait des deux bras sur la table en attendant la nourriture. Pour lui, manger était un repos en même temps qu'une satisfaction. Il se préoccupait assez peu d'étouffer le bruit de sa manducation et de sa déglutition. Le faire eut été avouer un manque d'appétit et offenser la cuisinière. On mettait la marmite de bouillie sur la table et chacun attaquait, à la cuiller, le secteur qui lui était dévolu. Les galettes et les crêpes se mangeaient à la main. (...) L'instrument préféré était le couteau dont on prenait grand soin. Quelquefois, le père de famille était le seul à en avoir un dont il se servait pour les besoins de tous. Quand il le refermait en faisant claquer la lame, c'est que c'était fini. Il ne restait plus qu'à se lever de table."

   In Le Savoir-vivre en Bretagne, coll. "Traditions bretonnes", texte Pierre Jakez Hélias, photographies Jos Le Douaré, Jos Le Douaré, 1969, pp. 25 et 27.

 

    Nota : "Étienne BOUILLÉ né dans l'Yonne en 1858, expose ses œuvres dès 1888 au Salon des Artistes Français.
   Très attiré par les effets de lumières, il vient vivre à Guingamp en 1889. Il explore la campagne et reproduit dans ses tableaux les intérieurs d'artisans. Très actif, non seulement il peignait mais il photographiait aussi beaucoup : la mer, les processions, les personnes et les animaux.
   Il s'installe à Perros-Guirec en 1914 et rayonne dans toute la Bretagne. Son fils James, architecte né en 1894, lui construit une maison (Ker Iliz) avec galerie d'exposition et atelier."
  L'album Le pittoresque photographique d'Etienne Bouillé (archives départementales des Côtes d'Armor) regroupe une soixantaine de clichés magnifiques : mendiants, fileuse, marins hommes et femmes dans des costumes chatoyants."

   Source : http://academia-celtica.niceboard.com/t695-e-bouille

 

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