"Saint Michel, le moine Gelduin et le diable, Ms, f°. Saint Clément, Reconnaissances, Xe siècle. Scène de dédicace. Dans cette peinture à pleine page de la fin du Xe siècle, on voit combien les Bénédictins dès leur au Mont, ont tenu en honneur le livre, ennemi de l'obscurantisme. Le moine copiste Gelduin offre un livre ouvert, le manuscrit, le manuscrit des Reconnaissances de Saint Clément, au maître du lieu, l'archange Saint Michel qui transperce le démon de sa lance." In Les Manuscrits du Mont-Saint-Michel, Jean-Luc Leservoisier, coll. Monographie patrimoine, Ouest-France, 2006, p. 3.
"Des quatre Archanges qui planent chacun à l'un des quatre grands points cardinaux de l'année, saint Michel est celui qui a pris le plus de relief dans l'imagination des hommes. Une grand inégalité règne à cet égard entre ces figures célestes : Uriel est tombé dans l'oubli, Gabriel et Raphaël pâlissent devant l'Archange-chevalier, prince de la Milice céleste.
Son nom seul "Micha-el" (Qui est comme Dieu) proclame quelle place exaltée il occupe. Il est "celui qui marche devant Dieu", ou encore "la face de Dieu", "l'éclat de Dieu", Sa Lumière. Cette place est plus brillante encore si on le compare non seulement aux quatre Archanges qui gouvernent les saisons, mais aux sept qui président à la succession des époques. Car Michaël n'exprime qu'une partie de sa nature dans son rôle d'Archange d'automne. En lui, la tradition reconnaît l'archange du Soleil, comme en Gabriel celui de la Lune, en Raphaël celui de Mercure, en Anaël celui de Vénus, en Samaël celui de Mars, en Zachariel celui de Jupiter, en Orifiel celui de Saturne.
La conscience moderne ne perçoit plus ces rapports entre les forces des planètes et ces grandes figures divines, ni surtout elle ne se sent plus rattachée à ces êtres comme le fruit à l'arbre qui le porte et le sustente. Et cependant toute la structure de l'univers échappe à celui qui ne voit pas comment les règnes inférieurs ont leur correspondance dans les règnent qui s'élèvent au-dessus de l"homme."
In La Saint-Michel et le fer météorique, "La Saint-Michel", S. Rihouet-Coroze, Tome VII, n°2, Triades, été 1959, pp. 6-7.
Saint Michel, fresque des IXe, Xe siècles ou XIIe, église Saint Gal de Langast (22), le 21-09-2024.
"Le ciel d'automne peut aider l'homme à éveiller en lui le courage de vivre, de concevoir et de réaliser ses tâches.
A notre époque, l'épée de Michaël nous arme pour d'autres combats que ceux de la chevalerie. La pensée contemporaine est exsangue, anémiée par la cérébralité et l'abstraction : le machinisme envahissant la rend paresseuse et ceux-là mêmes qui s'en défendent n'échappent pas à son esclavage. Notre pensée flasque doit être tirée de sa léthargie. Sinon l'apathie gagnerait jusqu'aux milieux les plus chargés de responsabilités et les pays jadis les plus civilisés du monde tomberaient dans l'atonie. L'épée symbolique du Moi doit communiquer à cette pensée des forces de courage, la tirer de l'enlisement, lui donner une nouvelle ardeur tournée vers la connaissance. Mais la connaissance de quoi ? d'un monde spirituel qu'on verra peut-être après la mort ? Non ; l'épée michaëlique plonge dans la matière. C'est là qu'il fut reconquérir l'esprit."
In La Saint-Michel et le fer météorique, "La Saint-Michel", S. Rihouet-Coroze, Tome VII, n°2, Triades, été 1959, p. 14.
"Pégase blanc", Odilon Redon (muzeo).
"La pensée, d'essence divine, veut connaître le Vrai. Notre pensée veut connaître le spirituel dans les choses et les phénomènes de la nature. Mais elle s'est laissée entraînée à expliquer la nature uniquement pas des lois mécaniques. Le matérialisme vit dans notre pensée et y fait régner le mensonge.
Nous trouvons le Mal aussi dans nos sentiments. A côté des instincts purs, l'homme possède de bas instincts et cette partie de son âme voudrait lui faire croire que l'homme descend de l'animal, qu'il n'est lui-même que de nature animale.
Et même la volonté, qui veut le Bien, qui veut agir moralement, est pénétrée des forces du Mal. L'homme peut même vouloir le Mal.
Nous avons ainsi une dualité de forces dans chaque partie de notre âme, dualité du vrai et du faux, du beau et du vilain, du bien et du mal. Le danger existe pour l'humanité que les mauvaises forces prennent le dessus et anéantissent l'âme humaine. Pour rester "humain", l'homme doit combattre à chaque moment les mauvaises forces qui sont en lui.
Le combat et l'épée de Saint-Michel
L'homme n'oublie que trop souvent qu'il doit livrer ce combat. Pour le lui rappeler, des hommes ont créé en paroles et en œuvres d'art des image, notamment celles du combat de Saint-Michel avec le Dragon, dans laquelle les forces supérieures de l'âme s'unissant aux bonnes forces spirituelles de l'archange Michaël luttent contre les forces du Mal qui veulent abaisser l'homme au rang de la bête. (...)
In La Saint-Michel et le fer météorique, "Saint-Michel et le fer", E. Heintz, Tome VII, n°2, Triades, été 1959, pp. 34-35.
"Saint Michel Terrassant le dragon, dit le Grand Saint Michel", Raphaël, 1518 (lumieresdesetoiles).
Nota : Tous les textes cités dans cette page sont tirés de la revue Triades, expression écrite de l'anthroposophie. et précisément d'un numéro ancien consacré à la fête de saint Michel, jour et personnage biblique de grand intérêt, tant par leur influence culturelle et cultuelle dans nos contrées, que pour le sens qu'ils portent, la richesse de leurs représentations en filiation avec le travail d'Howard Crowhurst, toutes bretonne et méditative (entre autres dimensions) sont l'inscription de ce blogue.
L'un des articles du numéro - qui ont le mérite d'être extrêmement pédagogiques, plus nuancés et complexes que ce les extraits ici présentés développent, et centrés sur le thème d'actualité - hyperbolique !, s'attèle à l'art pictural où une place de choix est réservée à l’œuvre d'Odilon Redon, avec Léonard de Vinci, Raphaël, Rembrandt...
"Tout autre est l'attitude des peintres. Si certains d'entre eux ont aimé rendre les chaudes couleurs de l'automne, d'autres se sont chargés, avec les sculpteurs depuis les plus anciennes civilisations, de rendre sensible à l'homme la grande Imagination de la lutte entre la lumière et les ténèbres, soit sous son aspect cosmique, soit dans l'âme humaine.
(...)
A notre époque Odilon Redon, fut le peintre le plus attiré par la représentation de cette lutte sur laquelle il avait coutume de méditer, mais il n'usa pas ici du privilège qu'il avait de créer des monstres. Nul doute, si l'on contemple ses œuvres, qu'il ait ressenti la part prise à la création par la force symbolisée par le Serpent ainsi que son rôle dans la vie intérieure de l'homme. Parfois, c'est le corps humain qui se dégage du serpent, parfois même le visage du Christ, ou encore le serpent fait une auréole autour de la tête d'une statue. Un cavalier, Saint Georges ou Saint Michel, attaque le monstre à la lance ou au javelot, mais fréquemment, l'homme n'est pas séparé de sa monture : alors apparaissent le centaure ou la centauresse et la double nature humaine spirituelle-terrestre engage le combat contre un élément inférieur précipité, lors de l'antique lute cosmique, du ciel vers les abîmes.
Cependant son sujet de prédilection reste le duel entre Pégase et le Serpent, parfois Pégase et l'Hydre, l'un représentant le sublime envol de l'artiste vers la libre sphère de la création, l'autre les contingences terrestres qui s'opposent à cette élévation. Mais pour la première fois dans l'histoire de la peinture, Redon a exprimé le combat traditionnel par la couleur, appelant pour s'affronter les couleurs terrestres et agressives et celles spirituelles et purificatrices qui agissent alors selon leur véritable nature. Elles suggèrent la lutte entre le Moi terrestre stigmatisé par les forces du Dragon et le Moi spirituel tout imprégné des forces de l'Archange. Il suffit de méditer devant de telles œuvres pour s'assurer qu'il n'y a là aucune fantaisie, mais le résultat d'une expérience intérieure qui fut à une époque de sa vie très douloureuse pour l'artiste."
In La Saint-Michel et le fer météorique, "La Saint-Michel, ou l'âme humaine entre l'espace et le temps", Bertin Montifroy, Tome VII, n°2, Triades, été 1959, pp. 58-60.
+ Anthroposophie par wikipedia.
"Figure", Odilon Redon, 1876, Rothshild art foundation (arthistoryproject).