Le Combat dans la forêt, dessin de Hans Burgkmair (wikipedia...Homme_sauvage).
"Les premières conceptions médiévales de l'homme sauvage le présentent comme un humain normal rendu sauvage par la folie, comme dans l'histoire biblique de Nabuchodonosor ; elles apparaissent tout d'abord dans les sociétés celtiques du Haut Moyen Âge 19. Ces récits celtiques attribuent à l'homme sauvage des pouvoirs poétiques ou prophétiques. Le Buile Shuibhne ("La Folie de Sweeney"), récit irlandais du IXe siècle, décrit comment Sweeney, roi païen des Dál nAraidi, en Ulster, s'en prend à l'évêque chrétien Ronan Finn et est alors frappé de folie. Il passe des années à voyager nu dans les bois, à composer des vers 20. On trouve une histoire similaire au Pays de Galles concernant Myrddyn Wylt, à l'origine du Merlin ultérieur. Dans ces récits, Myrddin est un guerrier au service du roi Gwenddoleu ap Ceidio à l'époque de la bataille d'Arfderydd. Lorsque son seigneur est tué au combat, Myrddin s'enfuit dans la forêt calédonienne, pris d'une crise de folie qui lui octroie la capacité de composer des vers prophétiques ; plusieurs poèmes prophétiques ultérieurs lui sont d'ailleurs attribués 21. La Vie de Saint Kentigern présente une histoire quasiment identique, à ceci près que le fou d'Arfderydd y est appelé Lailoken, peut-être le nom original 20. Le texte breton fragmentaire du XVIe siècle An Dialog Etre Arzur Roe D'an Bretounet Ha Guynglaff ("Dialogue entre Arthur et Guynglaff") relate une rencontre entre le roi Arthur et l'homme sauvage Guynglaff, qui prédit des événements à venir jusqu'au XVIe siècle 22.
Geoffroy de Monmouth reprend la légende de Myrddin Wyllt dans sa Vita Merlini (v. 1150), où il rebaptise le personnage "Merlin". D'après Geoffroy, après que Merlin a été témoin des horreurs de la bataille :
"il fut pris d'une étrange folie. Il s'enfuit en rampant dans les bois, ne désirant que quiconque le vît partir. Dans les bois il alla, heureux de reposer caché sous les frênes. Il contempla les créatures sauvages paissant l'herbe des clairières. Parfois il les suivait, parfois les dépassait dans sa course. Il employa les racines des plantes et des herbes, les fruits des arbres et les baies des buis. Il devint un Homme des Bois, comme s'il s'était dévoué aux bois. Ainsi pendant tout un été il resta caché dans les bois, ignoré de tous, oublieux de lui-même et des siens, rôdant comme un être sauvage."
"L'homme sauvage est une figure mythologique qui apparaît dans la littérature et les œuvres d'art de l'Europe médiévale. Pilosus ("couvert de poils") et souvent armé d'un gourdin, il constitue un lien entre l'humanité civilisée et les esprits elfiques de la nature sauvage, comme Puck. L'image de l'homme sauvage a subsisté en héraldique jusqu'au XVIe siècle, principalement en Allemagne. Les graveurs allemands de la fin du Moyen Âge, comme Martin Schongauerc et Albrecht Dürer, étaient particulièrement friands des hommes sauvages, femmes sauvages et familles sauvages.
Terminologie
Cette créature est désignée dans la plupart des langues par l'expression "Homme sauvage" et ses équivalents : en allemand wilder Mann, en anglais wild man et en italien uomo selvatico. Des formes locales existent également, comme le vieil anglais wudewasa et le moyen anglais wodewose ou woodehouse. Ces termes anglais suggèrent un lien avec la forêt (wood), et restent présents en anglais moderne, par exemple dans le nom de l'auteur P. G. Wodehouse. Wodwo apparaît sous la forme wodwos (peut-être le pluriel) dans le poème du XIVe siècle Sire Gauvain et le Chevalier vert. Le vieil haut allemand possédait schrat, scrato or scrazo, qui apparaissent dans des gloses d'œuvres latines comme traductions de fauni, silvestres ou pilosi, indiquant que la créature ainsi nommée était une créature forestière velue.
Certains noms locaux suggèrent des liens avec des êtres des mythologies antiques, par exemple le terme salvan ou salvang, commun en Lombardie et dans les Alpes italophones, qui dérive du latin silvanus, nom du dieu romain tutélaire des jardins et de la campagne. De la même façon, le folklore du Tyrol et de la Suisse germanophone présentait, jusqu'au XXe siècle, une femme sauvage appelée Fange ou Fanke, dérivé du latin fauna, forme féminine de faune. Des sources allemandes médiévales nomment la femme sauvage lamia et holzmoia ; le premier de ces noms fait clairement référence au démon grec Lamia, tandis que le second dérive à l'origine de Maïa, une déesse gréco-romaine de la terre de la fertilité, ailleurs identifiée à Fauna et dont l'influence sur les hommes sauvages médiévaux fut essentielle.
Diverses langues et traditions présentent des noms suggérant un lien avec Orcus, dieu romain de la mort. Les habitants du Tyrol ont longtemps appelé l'homme sauvage Orke, Lorke ou Noerglein, tandis que dans certaines parties de l'Italie, il avait pour nom orco ou huorco. L'ogre français a la même origine, ainsi que les orques de la fantasy moderne. Orcus est également associé à Maia dans une danse qui était encore célébrée suffisamment tardivement pour être condamnée dans un pénitentiel espagnol du IXe ou Xe siècle."
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Bibliographie
"La Chasse aux hommes sauvages", Tapisseries dans l'Église Saint-Jean-Baptiste, Saint-Jean-Saverne, XVe siècle, Alsace (wikimedia).
dame-licorne... origines gauloises
La femme sauvage : pur-editions.fr/detail.php?idOuv=5182
Wikimedia... Designs_for_Goldsmiths & au-dessus The_Taymouth_Hours_f._62.jpg