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DU MASTIC

DU MASTIC KEROUANTON

   Les spatules utilisées pour mastiquer, celle de gauche, dite de vitrier, pour la pose effective, l'autre pour accompagner, nettoyer et retirer les excès coupés par la première.

 

   L'application du mastic de vitrier assez importante (toujours sous forme industriellement préparée) et à des degrés d'avancement divers permet d'en dire plus sur ce matériau ancien, traditionnel mais nouveau pour moi.

   . Il témoigne d'une vraie délicatesse.

   - Avec un dosage optimal - définissant sa souplesse - semble-t-il assez large, le mastic présente rapidement des aspects surprenants dans sa boîte hermétique : une peau jaune se forme en surface latérale, un durcissement à cœur peut aussi arriver, avec des parties compactes qui se cassent...

   Est-ce faute de malaxage général dès l'ouverture ? D'une conservation dans des conditions médiocres (stockage dans une pièce plutôt froide et humide) ? Ou d'une méconnaissance de son dosage optimal justement ?

   Peut-il être rafraîchi, par l'ajout d'huile et des mélanges vigoureux et/ou patients comme je le teste depuis quelques jours après qu'un lot se soit bien vite durci...

   - L'huile de lin est absorbée par le bois qui se graisse donc en périphérie du mastic... Problématique ? Plutôt intéressant pour nourrir les veines sollicitées ? Après un premier séchage assez généreux, et un dégraissage, la peinture n'a pas été gênée...  du tout, ceci écrit sans aucun recul dans le temps et le plaisir d'avoir peint à l'habitude (elle-même faite de plaisir : j'aime beaucoup peindre et c'est presque ma spécialité si je regarde mon cursus de bricoleuse !).

   - La délicatesse est aussi de la finesse et le mastic en montre beaucoup que ce soit dans l'application directe, comme dans les éventuelles retouches. Si la prise en main exige un peu de temps et de persévérance (du moins selon mon expérience) du fait de son adhérence particulière (colle vite à certains matériaux dans certaines conditions, mais peut tout aussi vite se décoller, les mains en exemple intermédiaire où le dosage a particulièrement sa part, température aidant), avec des spatules propres (toujours nettoyées des restes de mastic), de la dextérité qui joue entre vitesse et tranquillité (la confiance est centrale), beaucoup est possible, jusqu'à une certaine perfection du fini tant le grain et la souplesse sont au rendez-vous, les reprises sont illimitées à la pose (en ajoutant de la matière si besoin), le rebouchage (du mastic lui-même, des irrégularités et des défauts excessifs du bois), ainsi que, le matériau suffisamment durci, la découpe rectificatrice (avec un outil très tranchant comme le cutter) et le façonnage (possibilité de modeler doucement pour aplanir une surface un peu ondulée).

 

DU MASTIC KEROUANTON

   Essai de rafraichissement d'un mastic industriel très vite, trop vite durci ! dans sa boîte, malgré le papier déposé en surface. Ajout d'huile de lin puis brassage, suivi du repos Re-brassage à venir et mélange à des stocks moins souples ?... De la réversibilité du durcissement en test...

 

   . La question du durcissement, des réactions chimiques qu'il connaît se pose conjointement... pour apprendre, grâce à un dictionnaire du bâtiment qu'il s'agit, comme le cuisinier pouvait s'en douter, d'oxydation de l"huile, rappelant que le mélange concerne le carbonate de calcium (CaCO3), anciennement nommé carbonate de chaux composant majeur des calcaires comme la craie ou le marbre.

      Nota : "La craie est une forme de calcaire contenant de la calcite comme minéral majeur ; environ 99%."

   Quelques documents en disent plus sur le phénomène d'oxydation sans expliquer tout, la science du bâtiment publiquement muette en première recherche (Internet).

    - La chaleur mais pas qu'elle (oxygène, lumière - UV, métaux pro-oxydants (fer ou cuivre), pigments comme la chlorophylle, enzymes (lipases) opère d'autant mieux qu'il y a des doubles liaisons : https://www.aroma-zone.com/info/dossier-thematique/le-potentiel-oxydatif-des-huiles-vegetales & https://www.paperblog.fr/1260096/l-oxydation-des-huiles/

   - S'agit-il de polymérisation des molécules ? : https://lubrication-management.com/fr/2017/05/11/quels-sont-les-effets-de-loxydation-dans-lhuile-lubrifiante/

    - La notion de siccativation est la clé, Wikipedia pour référence :

   "La siccativation est le phénomène complexe très lent d'oxydation des insaturations des acides gras contenus dans des liants [tels certaines huiles (huile de lin, huile de sojaetc.), résines alkydes, esters époxydiques]. En présence de l'oxygène de l'air, des hydroperoxydes sont formés et des liaisons covalentes s'établissent entre les chaînes d'acide gras (réticulation).

   La formation du film par oxydation ("séchage", ou plus exactement durcissement) s'effectue très lentement. Elle peut cependant être accélérée en présence de siccatifs qui sont des composés métalliques plus ou moins solubles (oxydes de plomb ou de zinc, sels organiques de cobalt, ...).

   Une mesure courante de la siccativité d'une huile est l'indice d'iode, qui renseigne sur son nombre de doubles liaisons."

   - Reste en suspens l'interaction des 2 substances, dont l'entente, sur un créneau donné, est admirable dans le travail, puis dans le résultat, puisque scellement avec bonne étanchéité et résistance mécanique sont atteints, à la remarque complémentaire de l'incroyable dureté des vieux solins trouvés en héritage, tout de même sensibles à la chaleur intense (cas du démontage mécanique aidé du décapant thermique, où rien ne subsiste au passage du couteau, dans un décollage "naturel", les fonds de feuillure sont impeccables, en veillant à ne pas brûler le bois ! ).

   

   En conclusion, non définitive...

   Découvert tard, le mastic est impressionnant !

   Son succès à travers les siècles est éloquent, de même que l'état encore satisfaisant de mes vitrages malgré peu de soins pendant des décennies, tandis que le regard affuté fait observer ailleurs avec pure délectation, parfois ironie et amitié, le plus souvent admiration, les nombreuses fenêtres et portes vitrées d'un simple carreau qu'il permet, patrimoine si sensible de nos jours, essentiel dans notre pays, à son origine de plus.

   Son rapport au temps glorifie l"interaction humaine posée, de type conversation - comme je la loue : action forte un moment, distante mais attentive ensuite (quand il faut rectifier et protéger), retirée plus tard quand la prise continue en place, efficace, pour y revenir le temps venu, le tout en quiétude, avec la concentration adaptée parfois totale (quand l'ouvrier fusionne avec son œuvre), soit un dialogue de forces, de maturations et de renaissances, d'allers et retours aux cycles variés, une grâce humaine sur Terre, entre autres.

   Mais attention, en note du 29-11-2021 : on m'apprend que les fourmis raffolent du mastic frais...!

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